Aussi le labyrinthe du continu n’est pas une ligne qui se dissoudrait en points indépendants, comme le sable fluide en grains, mais comme une étoffe ou une feuille de papier qui se divise en plis à l’infini ou se décompose en mouvements courbes, chacun déterminé par l’entourage consistant ou conspirant.

Tout n’est pas poisson, mais il y a des poissons partout…

Ce qui signifie que la loi kantienne est une instance du Surmoi qui prend un plaisir sadique au spectacle des impasses auxquelles aboutissent le sujet, à son incapacité à combler ses impossibles exigences, à l’instar du professeur qui torture ses élèves à l’aide de tâches impossibles, et savoure en secret leurs échecs.

L’image de ce dieu, compris comme instance suprême instance du Surmoi dont la miséricorde même engendre chez les croyant une culpabilité indélébile, on la retrouve chez Staline. Il ne fait jamais oublier que, comme le démontrent les procès-verbaux, maintenant disponibles, des meetings du Politburo et du Comité Central des années 1930, les interventions directes de Staline ont pour règle d’étaler sa miséricorde, d’accorder son pardon. Lorsque les jeunes membres du Comités, empressés de prouver leur ardeur révolutionnaire, exigeaient avec bruit la mise à mort imméidate de Boukharine, Staline intervenait toujours par un “Patience ! Sa culpabilité n’a pas encore été prouvée !”, ou quelque chose de ce goût-là.

Pour saper cette loi, il est également nécessaire de rejeter la formule standard qui permet de justifier ses actes de violence, telle qu’elle apparaît régulièrement dans la rhétorique des Israéliens, à chaque fois qu’ils se voient “obligés” de bombarder les Palestiniens: ” Nous vous pardonnons vos crimes, mais nous ne vous pardonnerons jamais le fait que vous nous ayez contraints à accomplir des actes de violence” - on pourrait presque être tentés d’imaginer Hitler ou Himmler disant la même chose aux Juifs !

L’inflexible justice juive et la miséricorde chrétienne, cet inexplicable geste de pardon non mérité, restent irréconciliables. D’un point de vue chrétien, nous sommes nés pécheurs. Nous ne pourrons jamais rembourser notre dette et nous rédimer nous-même par le fait de nos seuls actes. Notre seul salut repose dans la miséricorde divine et dans Son suprême sacrifice. Toujours est-il que par ce geste même de briser la chaîne de la justice grâce à cet incroyable geste de miséricorde, en payant notre dette à tous, le christianisme nous impose une dette encore plus lourde: nous sommes débiteurs du Christ et ne serons jamais à même de le rembourser.